• Le sourire d'un enfant

    Nathalie se rhabille en vitesse, elle remet sa culotte qui a été violemment jetée au sol. Fabien cherche également son caleçon sous le lit. C'est ce moment-là qu'elle déteste, celui où elle doit partir après qu'ils aient couché ensemble.

    - Ne viens pas demain, je ne serais pas disponible. Dit-il.

    - Ok. 

    Il la prend dans ses bras, Nathalie s'est habituée à ce genre d'incohérences chez Fabien. Un jour, il est affectueux envers elle, le lendemain, il la repousse comme si elle avait commis un crime. Elle sait très bien pourquoi elle n'a pas le droit de venir demain, elle sait que les draps sont salis par les autres conquêtes de Fabien. Elle l'aime. Elle aimerait pouvoir être la seule dans sa vie et qu'elle lui suffise, qu'il se rende compte du vide qu'il ressentirait sans elle. Fabien continuera de ne pas la considérer comme elle le mérite réellement. Elle se contente dans ce genre de situation, c'est son bonheur à elle, il n'est pas parfait, il est fragile mais il est là et c'est le plus important à ses yeux. Peut-être qu'un jour, elle trouvera la force de le laisser tomber. Mais en attendant, elle profitait pleinement de sa présence, l'écouter parler, baiser et revenir quand il voudra d'elle.

    Ses talons lui font souffrir le martyre. Ils se coincent dans les plaques d'égouts. Elle injure ses chaussures qui sont une véritable torture. Puis, elle arrive chez elle. Avant même d'ouvrir la porte d'entrée, elle entend Neo, son fils, pleurer à chaudes larmes. Elle soupire déjà. Il a fait un cauchemar, une pieuvre géante tentait de l'attraper avec ses tentacules et de le manger tout cru. Elle grommelle "Son père est incapable de s'occuper de lui correctement". Alors qu'elle réconforte son petit garçon, elle jette un regard noir au père. Depuis leur séparation, il lui fait vivre un véritable enfer. Il refuse de partir et malheureusement, elle ne peut rien changer à la situation, financièrement elle dépend de lui et veut assurer la meilleure vie possible à son petit ange. Le père continue de téléphoner, bière au rebord de la fenêtre et cigarette à la main gauche. Neo veut dormir avec elle, il a beaucoup trop peur des monstres sous son lit. Elle ne peut dire non à une si jolie bouille. Neo se remue dans le lit, il est incapable de dormir sans baver et change constamment de position. 

    Elle ne trouve pas le sommeil. Ce qui lui donne l'occasion de réfléchir à sa vie. Elle a honte de se l'assumer mais parfois elle aimerait que Neo ne soit pas né, qu'elle soit encore une jeune fêtarde ou une fraîchement diplômée d'une grande université. Elle n'aurait plus à supporter le père de Neo, il lui rappelle un passé douloureux. Peut-être même que Fabien serait avec elle. Avec des journées comme celle-ci, son seul souhait est de ne jamais être tombée enceinte.

    Les rayons du soleil tapent contre la fenêtre et réveille tendrement Nathalie. Elle baille, s'étire et se lève du lit. Elle ouvre la fenêtre et apprécie ce soleil mêlé à l'humidité du matin. Elle est assez surprise que Neo ne l'a pas déjà réveillée, ce petit monstre déborde d'énergie et est prêt à courir dans toute la maison dès le matin. Visiblement, il n'est pas dans le lit. Elle se rend la cuisine pour préparer du café.

    - Neo ? Tu t'es levé tôt mon petit chat ?

    Pas de réponse. Elle a beau l'appeler dans toute la maison, elle n'entend que le bruit de ses propres pas. Peut-être que ce coquin joue à cache-cache et si c'est le cas, cela ne la fait pas rire. "Ça suffit !" crie t-elle, agacée. Toujours aucun bruit. D'habitude, elle l'aurait entendu cavaler à toute vitesse pour changer de cachette. Nathalie appelle le numéro du téléphone du père :

    - Qu'est ce que tu me veux ? Dit-il. 

    - Ne commence pas à me parler comme ça, où as-tu emmené Neo ? Préviens-moi au lieu de faire ton putain d'égoïste.

    - Mais de quoi tu parles ? Ça fait 4 ans qu'on ne s'est pas parlé et tu me casses les couilles pour un mec que je ne connais même pas. Va te faire foutre ! Et il raccrocha.

    Nathalie reste bouche-bée. Elle savait qu'il n'était pas quelqu'un de très agréable mais à ce point-là, c'était définitivement un connard. Au même moment, Nathalie reçut un appel.

    - Coucou Nath' ! Que se passe t-il, tu es malade ? Lui demanda la femme au téléphone.

    - Je ne crois pas bien comprendre. Est-ce que tu peux m'expliquer ce qui se passe ?

    - Décidément, toi tu es encore sortie hier et la cuite est violente ! On t'attend à la clinique vétérinaire depuis une vingtaine de minutes déjà, ce n'est pas ton genre d'arriver à la bourre... Oh, je viens de voir que tu es en congé, je suis désolée, quelle tête en l'air je fais ! Profite de ton congé, bisous.

    - Bisous.

    Nathalie reste figée pendant quelques minutes. Elle est en totale incompréhension, Neo est introuvable, son père fait comme s'il ignorait son existence et soudain elle se retrouve à travailler dans une clinique vétérinaire. Elle pose sa tasse de café et se rend dans la chambre de Neo. Les dinosaures bleus en guise de décoration ont été remplacé par des bibliothèques de livres, un bureau est à la place de son lit. Il ne suffit que quelques secondes à Nathalie pour remarquer que cette pièce n'a plus rien en commun avec la chambre d'enfant de la veille. Elle se précipite dans chaque pièce de la maison, la chambre de Neo n'existe plus. Il ne reste plus que la peluche de Neo, abandonné sous le bureau, poussiéreuse. Elle serre fort cette peluche dans ses bras, comme si c'est la dernière chose qu'il lui restait. Peut-être qu'elle n'avait jamais été enceinte de Neo. Son souhait a été réalisé et pourtant Nathalie a le sentiment qu'elle a tout perdu. Elle tente de contacter Fabien mais il reste introuvable dans ses contacts. Elle enfile quelques vêtements sans se préoccuper de ce qu'elle porte, prend ses clés de voiture et se rend chez Fabien. Elle sent l'angoisse monté, elle sonne à sa porte. Fabien ouvre la porte, il a les cheveux gras et porte un t-shirt troué.

    - Est-ce que je peux rentrer ? Demande Nathalie.

    - Je ne suis pas sûre qu'on se connaisse... S'interroge Fabien.

    - Tu te fous de moi ? Je sais, tu vois quelqu'un aujourd'hui mais je n'en ai que pour quelques minutes.

    - Je ne te connais pas mais après tout, t'as l'air tellement désespérée et je doute que tu trouves quoi que ce soit à voler dans mon appart'.

    Nathalie fronce les sourcils et rentre. Elle lui raconte tout ce qui lui est arrivé ce matin. Fabien semble perplexe. Il prend une grande inspiration et prend la parole.

    - Je veux bien te croire hein, mais ce que je ne comprends pas c'est pourquoi tu n'es pas heureuse. C'est ce que tu voulais, non ? Alors de quoi tu te plains ?

    Nathalie serre le poing. Décidément, celui-là, il ne comprend absolument rien. C'est vrai, peut-être que si Neo n'avait jamais existé, elle n'avait jamais rencontré Fabien. C'est maintenant qu'elle se sent capable de lui dire adieu. Sans violence, sans rancœur. Nathalie remballe ses affaires et claque la porte, sans un mot. Puis, elle s'effondre devant la porte. Sur le chemin, ses baskets ne se coincent pas dans les plaques d'égouts. Elle n'a pas mal aux pieds. Elle fouille dans sa poche de jean et trouve un vieux paquet de cigarettes. Il est usé, voilà qu'elle est fumeuse dans cette vie sans Neo. C'est vrai, ce gamin lui en faisait baver parfois mais ses bêtises lui manquent terriblement. Plus jamais elle n'aurait les gribouillis de son garçon collé sur son frigo où maman ressemblait plus à une chèvre qu'à une femme. Plus jamais elle ne retrouverait des bonbons cachés sous son oreiller. Plus jamais elle n'aurait besoin de le réconforter lorsqu'il se serait écorché le genoux en jouant au toboggan. Plus jamais elle n'aurait à décoller une gomme à mâcher dans ses cheveux. Plus jamais elle n'aurait à s'excuser auprès de la vieille peau car son garçon a renversé un pot de fleur. Jamais elle ne le verra grandir. Aucun garçon ne peut remplacer Neo.

    Elle est contrainte à s'adapter à cette nouvelle vie. Une fois rentrée, elle se déshabille et file sous la douche brûlante. Cela faisait quatre ans déjà qu'elle n'avait pas pu prendre une douche aussi longue. Aucun jouet par terre sur lequel elle peut glisser. Elle se sèche les cheveux, se maquille un peu et enfile un débardeur blanc et une jupe en jean. Elle sort, boit quelques verres avec les mecs en chaleur du bar qui ne cesse de la mater. Elle danse un peu en boîte. Elle retire ses talons, fume une cigarette sur le chemin et éclate en sanglots dans la rue sombre. Elle veut retrouver son petit garçon, certes, maman ce n'est pas un travail facile tous les jours, parfois elle s'en plaint mais sa vie sans lui, elle n'a aucun de sens. Seul le sourire d'un enfant donne une raison de vivre, de continuer de se battre pour une vie meilleure. Elle ne prend même pas la peine de se démaquiller et s'endort sur l'oreiller humidifié par ses pleurs.

    - Maman, maman ! Réveille-toi j'ai faim.

    Nathalie se réveille en sursaut, Neo est là, devant elle. Sa joie est immense et elle ne peut s'empêcher de le serrer fort dans ses bras où il se débat.

    - Maman, mais qu'est ce que tu fais, tu m'empêches de respirer !

    - Maman est juste heureuse de te voir mon ange, tu veux des gaufres pour le petit-déjeuner ?

    Neo a les yeux qui pétillent, il élève sa petite voix "Oui !" et saute partout. 

    - On ira au zoo après ? demande t-il, curieux d'entendre la réponse.

    - Oui mon petit chat, on ira au zoo, on passera la journée juste toi et moi et on fera tout ce que tu veux. 


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